éco-constructeurs en Ariège et Aude
COMPTE RENDU DE VISITE D UNE MAISON A OSSATURE BOIS AVEC REMPLISSAGE EN BOTTES DE PAILLE
Suite à mon inscription à une formation sur les M.O.B (maisons à ossatures bois) auprès du Centre National Du Bois (CNDB) j’ai été invité par Jean-Marie HAQUETTE, architecte très connu pour son attirance envers la paille, délégué régional Languedoc Roussillon du CNDB, à une visite de Maison à Ossature Bois avec remplissage en bottes de paille non enduites à Vallabrègues près de Tarascon, en bordure du Rhône.
Une cinquantaine d’architectes, menuisiers, charpentiers, bureaux d’études ou lotisseurs, acteurs de la filière bois avaient répondu « présent ».
Le but de cette rencontre était d’informer et fédérer un maximum d’intervenants du bâtiment pour mutualiser les expériences et tenter de « normaliser » ce mode constructif particulièrement intéressant en termes d’économies d’énergie, écologique dans sa démarche, mais ne bénéficiant pas actuellement d’Avis Technique en raison de la variabilité des caractéristiques de la botte de paille.
La construction décidée par un jeune couple passion né d’écologie a été menée avec la contrainte d’obtenir le label EFINERGIE permettant de financer une étude thermique laquelle ferait ressortir un bilan énergétique de 40 KW/m2/an. (Maison passive)
TECHNIQUES EMPLOYEES
- la dalle est posée sur des pilotis en béton dans un tube béton : toute la commune est en zone inondable au bord du Rhône. Elle est constituée d’une ossature en lamellé-collé de pin de 35 cm d’épaisseur avec un entraxe de traverses de 45 cm. Le tout est rempli de bottes de paille de 35x45 cm est fermé par des panneaux d’OSB de 9 mm en face inférieure et 16 mm en face supérieure.
- Ce caisson autonome très isolant (35 cm de paille) a été équipé de cornières métalliques d’angles et à chaque jonction avec les pilotis, mis à niveau à l’aide de coins avant scellement sur les pilotis (plus facile à faire que des mettre tous les pilotis à niveau à l’avance).
- Sur les traverses de la dalle avant sa fermeture ont été fixées les ossatures des murs extérieurs : constituées de deux planches de 22 mm assemblées pour former un poteau de 35 cm de large, cloués par un carré d’OSB (cloueuse pneumatique) sur les traverses du plancher et sur les poutres lamellées servant de charpente plate. L’ensemble de l’ossature respecte une trame de 45 cm pour recevoir en force les bottes de paille ; l’ajustement en longueur de la dernière botte se fait facilement avec une tronçonneuse ou une scie crocodile.
- La charpente reçoit comme la dalle un remplissage de bottes de telle manière que la maison est isolée sur ses 6 faces de la même manière.
- Le contreventement extérieur est réalisé par un AGEPAN DWD (panneau de fibres de bois muni de feuillures et languettes) de 16 mm lequel bénéficie d’un Avis Technique en qualité de contreventement et de pare-pluie.
- Le parement intérieur est prévu en Fermacel vissé sur l’ossature comme les plafonds.
- L’ensemble de la structure ainsi réalisée répond aux conditions du DTU 31.2 sur les M.O.B (ossature étudiée par un bureau d’études, réalisée par une entreprise spécialisée)
- Les ouvertures sont réalisées sur la même trame par un caisson de 22 mm d’épaisseur participant à la structure. Pour éviter les ponts thermiques il est prévu de monter les menuiseries en PVC au nu du mur extérieur.
- Le revêtement extérieur est prévu en bardage de bois (à définir) non traité sur liteaux sous forme de panneaux pré-assemblés à plat puis montés sur la structure (fixation à définir)
- Les sols sont prévus en terre cuite, collés sur l’OSB et une cloison importante entre dégagement au Nord et zone de vie au Sud sera faite en briques de terre crue pour améliorer l’inertie du bâtiment.
- Le chauffage est prévu par un poêle à bois classique pour les jours les plus froids.
DUREE DE CONSTRUCTION
La maison commencée en Octobre (fondations et pilotis) est prévue close en fin décembre, hors d’eau et d’air en janvier avec 4 intervenants salariés dont le propriétaire sur le chantier (aucune expérience du bâtiment pour deux personnes).
Des interruptions du chantier ont eu lieu.
PRIX ENVISAGE
Le propriétaire annonce un prix de revient de 1300/1400 Euros / m2 TTC avec les contraintes du label EFINERGIE (bureau d’études, bureau de contrôle, matériaux avec Avis Technique, etc…) et les salaires des compagnons. Il précise qu’il regrette d’avoir choisi de labelliser sa maison, étant donné les faibles gains espérés (remboursements des études à 70 %) mais ne regrette pas d’avoir fait calculer sa structure par un bureau d’études et d’avoir fait débiter ses bois par une entreprise spécialisée.
AVANTAGES & PROBLEMES RENCONTRES
- Chantier très propre, assemblage rapide de poutres lamellées livrées à la mesure et de planches à la largeur standard.
- Utilisation de cloueuse pneumatique permettant un assemblage sérieux et rapide.
- stockage de la paille : achetée en été, elle a repris de l’humidité malgré les précautions de stockage sous bâche. Les rongeurs s’étaient installés dans quelques bottes. Il semble donc nécessaire de bien programmer la livraison de la paille sur le chantier quand la structure est prête puis de procéder à un épandage de chaux ou autre protection contre les nuisibles dans la paille avant de refermer les espaces clos.
- Le propriétaire a aussi regretté de ne pas avoir monté rapidement la toiture et contreventé les murs Est et Nord avant les grands froids et les vents de l’hiver. Il faut reconnaître que le montage des bottes est plus facile du dessus que du dessous et que la toiture ainsi constituée doit être aussitôt bâchée en attendant la pose de liteaux, pare-pluie et des bacs acier de couverture (le toit plat devait être végétalisé mais le choix a été abandonné en raison de la surcharge sur les structures et donc d’un surcoût)
ENSEIGNEMENTS TIRES DE CETTE VISITE
- alors que la maison terre-paille engendre des regards interrogateurs sur sa qualité, génère un chantier humide et salissant, ne bénéficie pas d’avis favorable des assureurs, le mode constructif rencontré rassure sur un avenir prometteur du matériau « paille » en qualité d’isolant écologique. Le chantier est sec, propre, très professionnel et la méthode pourrait prochainement devenir une des méthodes « officielles ou reconnues » de construction en ossature bois, si le CNDB et les acteurs de la filière Bois font valider cette expérience (en cours).
- Le procédé semble de nature à permettre une préfabrication de panneaux de mur en atelier et un montage à la grue sur chantier, la seule variante serait la trame imposée par la taille des bottes de paille et les caractéristiques des panneaux de contreventement.
- L’isolation d’une telle maison sera sans contestation excellente sans ponts thermiques avec un traitement des ouvertures de qualité.
- Le procédé est tout-à-fait accessible aux auto-constructeurs, la construction assurable, sans outillage complexe ni moyens de levage.
- L’aspect final de la construction est libre : bardage ou enduit minéral.
- La toiture peut adopter tous les styles régionaux et les matériaux de couvertures si on respecte les descentes de charge.
- Le besoin en bois peut, semble-t-il, être réduit par une ré-étude de la structure et un espacement de 2 bottes soit 0,90 m en augmentant les sections de bois ou en changeant d’essence pour une autre plus résistante.. (avis très personnel à faire vérifier)
Personnellement, en raison de mes convictions et mon attirance personnelle pour les matériaux naturels, je pense utiliser ce mode constructif pour mon habitation personnelle avec quelques variantes liées à la nature de la dalle (plain pied ou sur vide sanitaire) et probablement en adjonction à un bâtiment central en matériau minéral pour avoir suffisamment d’inertie, ce qui manque à la construction en bois.
Jacques DALBIGOT
Membre de l’Association ECORCE en Midi Pyrénées